Formidable Isabelle Adjani!! Époustouflante dans la peau d'une prof de LEP au bord d'imploser d'exaspération et qui se retrouve, par un concours de circonstances totalement imprévisible, à prendre ses élèves en otage (Adjani a déjà reçu un Globe de cristal pour le film et moult ovations aux festivals de La Rochelle et de Berlin)…
Ce jour-là était pourtant un jour comme plein d'autres dans la vie de Sonia Bergerac, enfin pas tellement pire sinon qu'en plus de l'ordinaire, sa vie affective part en capilotade et lorsqu'elle se pointe en retard devant la porte de sa classe, elle est complètement à cran pour affronter la bande d'agités impertinents et pathétiques à qui elle doit enseigner des lettres françaises dont ils ont le refus de comprendre l'essentialité et l'importance…
Une salle de classe sinistre dans un collège gris d'une banlieue normale: ghetto où les profs ne savent pas idéologiquement se placer comme il faudrait tandis que le proviseur tangue entre les directives rectorales et la réalité qui part dans tous les sens..
Écartelés qu'ils sont entre la théorie et la pratique, le désinteret général des tenants de l'autorité nourrit le désordre, de même que le caractère malheureusement inadapté de l'enseignement lui-même. On est dans le dialogue de sourds et le refus de la culture de l'autre à tous les niveaux… alors Molière dans ce contexte là, c'est peu prometteur..
Il y a un grand garçon parmi les élèves qui se la joue plus que les autres, ramène sa fraise à tout propos… et c'est l'incident de trop: la prof tombe sur l'arme à feu qu'il cache dans son sac et, dans l'agitation et les invectives, elle se retrouve sans savoir trop comment avec le flingue au bout des doigts, à menacer les élèves, au bord de la crise de nerf, ne supportant plus ces perpétuels échanges chargés de rancoeur, de haine, de violence et d'irrespect..
Dans une improvisation sous tension, elle boucle la salle de classe, regroupe les élèves dans un coin, et commence un cours ahurissant, où vérités douloureuses et non-dits déferlent, obligeant chacun à revoir sa vision des choses, dans l'éventualité ou chez les élèves, cela puisse etre possible…
Dehors, ça commence à s'agiter serieusement: on croit dans un premier temps que l'auteur de la prise d'otages est un élève, on n'imagine pas une seconde que la prof, habituellement stressée mais relativement tranquille, puisse tenir en joue toute sa classe… Du côté de la police, GIGN, ministre, journalistes, profs… les conflits vont aussi bon train, impossible là encore d'établir une stratégie claire tant les gens sont embourbés dans leurs rivalités, leurs problèmes familiaux, leurs plans de carrière… l'histoire ne cesse de prendre de l'ampleur… Pendant ce temps la prof s'installe dans une situation de rupture, parfaitement consciente des difficultés des gamins mais refusant à juste titre toute complaisance: «l'école peut tout vous apporter, elle est votre seule chance. Sans la connaissance, vous n'êtes foutus…»
C'est drôle par moments, et on jubile sous l'effet ahurissant des situations, des réparties…
On voudrait que ça se termine bien, parce qu'on reçoit tres clairement l'exaspération de la prof d'autant qu'on ne comprend pas les élèves et combien il a fallu d'années d'aveuglement et d'indifférence pour ne pas voir que les politiques de la ville autant que celles de l'éducation conduisaient à une impasse où tout ce monde-là se retrouve piégé..
La Journée de la jupe n'a rien de consensuel ni d'angélique.. Le film est un cri d'alarme salutaire qui fait état de la situation de blocage extraordinaire, d'impasse sociale dans laquelle notre société se retrouve faute d'avoir su poser les problèmes au bon moment, d'avoir accepté de regarder les choses en face quand il aurait fallu… et maintenant il est grand temps d'ouvrir les yeux, de cesser cette indulgence innommable et infecte qui fait florette dans l'esprit des bien-pensants..
Les jeunes, issus de l'immigration ou non, sont tous potentiellement brillants et lumineux, plein de promesses.. Il faut juste et simplement avoir le courage de fermement le leur faire comprendre.. Et la complaisance n'est dorénavant plus une solution à envisager, à voir l'état desastreux du système scolaire aujourd'hui..
Un tres grand film, magique au niveau du message et du jeu des acteurs, qu'il est important de voir pour reflechir un peu differement..
RL.
ah ca fais du bien de te relire .. encore !!!
Rédigé par: inconnu | 24 mars 2009 à 23:28